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Sécurité en ligne#Guide complet10 min de lecture

Sextorsion : que faire si votre enfant est victime de chantage

Votre enfant est menacé de voir circuler une photo ou une vidéo intime ? Voici ce qu'il faut faire tout de suite, comment garder les preuves sans conserver les images, faire retirer les contenus avec le 3018 et Take It Down, porter plainte et lui parler sans le culpabiliser.

Équipe KidInspector
Un garçon regarde son smartphone dans une pièce sombre

La sextorsion est un chantage : quelqu'un menace de diffuser des photos ou des vidéos intimes de votre enfant pour obtenir de l'argent ou d'autres images. Si cela se produit en ce moment, suivez le plan ci-dessous. Et retenez d'abord ceci : votre enfant n'est pas coupable, il est victime.

Votre enfant est victime de sextorsion : que faire tout de suite

  1. Restez calme et dites-lui que ce n'est pas sa faute. En vous en parlant, il a fait ce qu'il fallait : dites-le-lui.
  2. Ne payez pas et n'envoyez plus rien. Payer n'arrête généralement pas le chantage, et le gouvernement est formel : on ne verse pas d'argent, on ne cède pas aux menaces.
  3. Coupez le contact. Ne répondez plus, ne négociez pas, ne menacez pas en retour. Mais ne supprimez ni la conversation ni le compte de votre enfant : ils serviront pour la plainte.
  4. Gardez des preuves. Faites des captures d'écran des échanges, du profil (pseudo, lien), des menaces et des demandes de paiement (montant, portefeuille de cryptomonnaie, cartes cadeaux). En revanche, ne capturez, ne téléchargez ni ne transférez jamais les images intimes : détenir ou faire circuler des images sexuelles de mineurs est puni par la loi, et les enquêteurs s'en chargeront.
  5. Bloquez et signalez le compte, après les captures. C'est l'ordre recommandé par le gouvernement. Bloquez l'auteur sur tous les canaux qu'il utilise et signalez son profil à la plateforme.
  6. Signalez les faits et portez plainte : 3018, PHAROS, commissariat ou gendarmerie. Votre enfant peut aussi écrire à un policier ou à un gendarme sur le chat dédié aux mineurs, ouvert 24 h/24 et 7 j/7.
  7. Faites retirer les images et faites-vous aider. Le 3018, gratuit, anonyme et confidentiel (7 j/7, de 9 h à 23 h), peut obtenir le retrait de contenus intimes en quelques heures ; Take It Down complète le dispositif.

En cas de danger immédiat, ou si vous craignez que votre enfant se fasse du mal, appelez le 17 ou le 112.

Sextorsion : définition et ampleur du phénomène

Pour le gouvernement, « la sextorsion désigne la menace de diffuser des photographies ou des vidéos intimes » d'un mineur, afin d'obtenir de l'argent, de nouveaux contenus ou des actes sexuels à distance. La page officielle précise que le jeune n'est pas responsable. On parle aussi de chantage à la webcam ou de chantage à la photo intime. La sextorsion prend deux formes :

  • Financière : l'escroc veut de l'argent (virement, cryptomonnaie, paiement mobile ou cartes cadeaux, selon le FBI). D'après e-Enfance (3018), les garçons de 14 à 17 ans y sont particulièrement exposés.
  • Sexuelle : l'auteur exige d'autres images ou des actes sexuels en direct. Selon e-Enfance, les filles sont plus souvent visées par cette sextorsion à visée sexuelle ou humiliante.

Selon le gouvernement, 29 000 signalements de sextorsion en ligne ont été recensés en une année, soit +460 % en trois ans, et les cas suivis par le 3018 ont augmenté de 74 %. Aux États-Unis, le FBI indique que les victimes de sextorsion financière sont généralement des garçons de 14 à 17 ans, et le NCMEC recense dans ses dernières données annuelles 137 signalements de sextorsion financière par jour en moyenne.

Comment opèrent les maîtres chanteurs

L'auteur aborde les jeunes sur les réseaux sociaux ou les plateformes de jeu, cache son identité, parfois derrière un faux profil d'ado du même âge (aux États-Unis, le FBI observe que ces profils imitent souvent des adolescentes), et gagne leur confiance. Ensuite :

  • Le passage en privé : la discussion bascule en messagerie privée ou en appel vidéo, où l'auteur pousse à envoyer une photo ou à se déshabiller devant la caméra. La scène peut être enregistrée.
  • La menace : dès la première image, l'auteur menace de tout envoyer aux amis, à la famille, aux camarades de classe.
  • La pression : messages en rafale, somme à payer tout de suite. Selon le FBI, tout peut se jouer en cinq minutes.

Le chantage ne part pas toujours d'une image envoyée par l'enfant : Cybermalveillance.gouv.fr signale des comptes piratés et des montages fabriqués par IA à partir du visage de la victime.

Les signaux d'alerte : sursauts à chaque notification, repli sur soi, sommeil perturbé, demandes d'argent ou de cartes cadeaux sans explication. Aucun ne prouve seul un chantage ; s'ils s'accumulent, ouvrez la porte : « Tu as l'air inquiet. Quoi qu'il se passe, on trouvera une solution ensemble. »

Comment faire retirer les images

  • Le 3018. Ce service de l'association e-Enfance peut faire retirer des contenus intimes en quelques heures. Il répond par téléphone, chat, e-mail ou via son application.
  • PHAROS. La plateforme internet-signalement.gouv.fr reçoit les signalements de contenus illicites, dont les images d'abus sexuels sur mineurs, et les transmet à la police, à la gendarmerie ou aux douanes. Pour une urgence, c'est le 17.
  • La plateforme concernée. Signalez le contenu et le compte dans l'application. Sans réponse sous un mois, vous pouvez saisir la CNIL, rappelle Cybermalveillance.gouv.fr.

Take It Down, l'outil gratuit du NCMEC, disponible en français, concerne les photos et vidéos dénudées ou sexuellement explicites prises avant 18 ans. Il calcule sur votre appareil une empreinte numérique du fichier : l'image ne quitte pas l'appareil, seule l'empreinte est transmise au NCMEC, qui la partage avec les plateformes participantes ; celles-ci la recherchent sur leurs services publics ou non chiffrés. L'outil s'utilise anonymement, sans envoyer l'image.

Parmi les plateformes participantes figurent Instagram, Facebook, Threads, TikTok, Snapchat, YouTube et yubo. WhatsApp, Discord, Telegram et X n'en font pas partie : pour ces services, passez par le signalement dans l'application et contactez le 3018.

Si la personne était déjà majeure au moment de la photo, tournez-vous vers StopNCII.

Sextorsion : porter plainte

La plainte se dépose dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, ou par écrit auprès du procureur de la République. Allez-y avec votre enfant. À apporter :

  • le téléphone ou l'ordinateur concerné, sans rien effacer ;
  • les captures des échanges, des menaces et du profil, avec dates et heures ;
  • les pseudos et liens des comptes de l'auteur ;
  • les demandes de paiement et, si de l'argent a été versé, les justificatifs.

Ce que prévoit le Code pénal :

  • Chantage (art. 312-10) : 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende ; depuis la loi SREN, 7 ans et 100 000 € s'il passe par un service en ligne et porte sur des images ou vidéos sexuelles, ou vise à en obtenir.
  • Incitation d'un mineur par un majeur, par voie électronique, à commettre des actes sexuels (art. 227-22-2) : 7 ans et 100 000 €, 10 ans et 150 000 € si le mineur a moins de 15 ans. Un rapport de l'Assemblée nationale y range notamment la sextorsion.
  • Sollicitation d'images sexuelles d'un mineur par un majeur (art. 227-23-1) : mêmes peines.

En Belgique, la police fédérale renvoie vers la police locale pour la plainte et, pour un mineur, vers Child Focus au 116 000 (gratuit, 24 h/24) ; en cas d'urgence, composez le 101.

Comment parler à votre enfant

Vos premières réactions comptent énormément. Votre enfant a sans doute honte et peur : de vous décevoir, que ses amis l'apprennent, de ce qui va suivre. À vous d'alléger ce poids.

Une mère pose la tête sur l’épaule de son fils adolescent
  • Remerciez-le de vous avoir parlé : « Tu as bien fait de me le dire. Maintenant, on s'en occupe ensemble. »
  • Ne cherchez pas de faute de son côté. Même s'il a envoyé l'image, le seul responsable est celui qui le fait chanter.
  • Ne confisquez pas son téléphone pour le punir. S'il doit être remis aux enquêteurs, expliquez pourquoi. Sinon, la prochaine fois, il risque de se taire.
  • Décidez ensemble des prochaines étapes : plainte, signalements, retrait des images.
  • Restez attentif à son moral : sommeil, appétit, humeur. S'il semble très abattu ou parle de se faire du mal, demandez de l'aide sans attendre.

Vous n'êtes pas seuls. Ces services sont gratuits :

ServicePour quoi, commentHoraires
3018Ligne nationale anonyme et confidentielle : téléphone, chat, e-mail, application7 j/7, de 9 h à 23 h
Chat « Je parle avec un policier ou un gendarme »Mineurs victimes ou témoins de cyberharcèlement, sextorsion, chantage24 h/24, 7 j/7
116 006Aide aux victimes7 j/7, de 9 h à 19 h

Si des moqueries circulent aussi entre élèves, lisez notre article cyberharcèlement : définition, signes et que faire.

Comment protéger votre enfant de la sextorsion

Le meilleur moment pour en parler, c'est avant. Une actualité suffit pour glisser le message : « Si un jour quelqu'un te menace avec une photo, viens me voir. Tu ne seras pas puni, on trouvera une solution ensemble. »

  • Des comptes privés. Vérifiez ensemble qui peut voir ses publications, lui écrire et le trouver.
  • Une règle simple. Quelqu'un connu seulement en ligne reste un inconnu, et celui qui presse pour obtenir une photo n'a pas de bonnes intentions.
  • Les comptes Ado d'Instagram. Pour les moins de 18 ans, la protection contre la nudité est activée par défaut et floute les images de nu dans les messages privés. Les comptes potentiellement malveillants ne voient pas le bouton Message sur le profil d'un ado, et l'ado voit le mois et l'année de création du compte qui lui écrit. Expliquez-lui l'intérêt de garder ces protections.

Le contrôle parental complète le dialogue : il aide à fixer des limites adaptées à l'âge et montre quelles applications votre enfant utilise, y compris les nouvelles. Commencez par notre guide du contrôle parental, puis comparez les meilleures applications de contrôle parental gratuites et payantes.

Questions fréquentes sur la sextorsion

Non. Payer ne garantit ni la suppression des images ni la fin du chantage. Le gouvernement, le ministère de l'Économie et Cybermalveillance.gouv.fr donnent la même consigne : ne jamais payer. Si de l'argent a déjà été versé, ne culpabilisez pas : signalez-le dans la plainte.

Personne ne peut l'exclure, mais payer n'offre aucune garantie. Agissez vite (plainte, 3018, Take It Down) et, comme le conseille le ministère de l'Économie, sécurisez les comptes de votre enfant et prévenez ses proches.

Non. Comme preuves, gardez les captures des échanges, du profil, des menaces et des demandes de paiement. Les images intimes ne doivent être ni capturées, ni copiées, ni téléchargées, ni transférées, même à quelqu'un qui veut aider. Ne les effacez pas non plus avant d'avoir vu les enquêteurs, qui les sécuriseront.

On peut faire beaucoup en réagissant vite, même si aucun outil ne suffit à lui seul : Take It Down, par exemple, ne couvre ni les services chiffrés ni WhatsApp, Discord, Telegram ou X. Combinez donc 3018, signalements et, si besoin, CNIL.

Oui, et ce n'est pas rare : selon le 3018, plus d'un quart des cas de sextorsion impliquent l'IA. La loi punit d'ailleurs les hypertrucages à caractère sexuel (art. 226-8-1 du Code pénal) de 2 ans et 60 000 €, et de 3 ans et 75 000 € en cas de diffusion en ligne. Les réflexes restent les mêmes. Et rassurez votre enfant : même face à un faux, il a bien fait d'en parler.

Repérez les changements tôt : voyez quelles applications votre enfant utilise, et quand.

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