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Sécurité en ligne#Guide complet12 min de lecture

Grooming en ligne : comment les prédateurs approchent les enfants et comment les protéger

Le grooming en ligne, ou pédopiégeage, désigne la manière dont un adulte gagne la confiance d'un enfant sur Internet pour l'exploiter sexuellement. Étapes, signes d'alerte, réflexes à adopter, numéros pour signaler et ce que dit le Code pénal : le guide complet pour les parents.

Équipe KidInspector
Une fillette allongée sur son lit utilise une tablette

Le grooming en ligne, aussi appelé pédopiégeage, c'est la stratégie d'un adulte qui gagne peu à peu la confiance d'un enfant sur Internet pour l'exploiter sexuellement : il l'aborde dans un jeu, sur un réseau social ou une messagerie, l'isole, puis l'entraîne vers des échanges sexuels, des photos ou une rencontre. Pour protéger votre enfant, parlez-en tôt et sans dramatiser, ajustez les réglages de ses applications, repérez les signaux d'alerte et, au moindre doute, conservez les preuves et signalez. Précision utile : il s'agit ici de pédocriminalité en ligne, et non du toilettage des chiens ni des « grooming gangs » dont parle l'actualité britannique.

Qu'est-ce que le grooming en ligne ?

Le mot vient de l'anglais « to groom », préparer. En français, le terme officiel publié au Journal officiel est « pédopiégeage », défini comme les « agissements d'un individu qui circonvient un enfant à des fins sexuelles, notamment par voie électronique ». L'association Point de Contact le résume ainsi : c'est lorsqu'un adulte sollicite sexuellement un mineur.

C'est un processus fondé sur la confiance, qui peut viser des photos intimes, des échanges par webcam, une rencontre ou de l'argent extorqué sous la menace. La police cantonale de Fribourg, en Suisse, observe que les auteurs se font le plus souvent passer pour des jeunes.

Un point essentiel : l'enfant n'est jamais responsable. Comme le rappelle la campagne gouvernementale contre la sextorsion, avoir fait confiance, envoyé une image ou répondu à un message ne constitue jamais une faute.

Les étapes du grooming

Child Focus, en Belgique, et l'institut espagnol de cybersécurité INCIBE décrivent un enchaînement proche, dont les étapes peuvent se chevaucher.

  1. La prise de contact. L'adulte repère un enfant dans un jeu, sous une vidéo ou dans un groupe de discussion, souvent avec un faux profil affichant un âge et des goûts proches des siens.
  2. La mise en confiance. Compliments, écoute, intérêt constant : il se rend indispensable. Il peut offrir des cadeaux, y compris virtuels, comme de la monnaie de jeu ou des cartes cadeaux.
  3. L'isolement et le secret. Il propose de quitter l'espace public pour une messagerie privée et présente la relation comme « notre petit secret ».
  4. La sexualisation. Les questions deviennent intimes, puis viennent les demandes de photos, de vidéos ou d'appel webcam. Certains envoient eux-mêmes des images sexuelles.
  5. Le chantage ou la rencontre. Dès qu'il obtient une image, l'adulte peut menacer de la diffuser pour en exiger d'autres, de l'argent ou un rendez-vous. C'est le mécanisme de la sextorsion, détaillé dans notre guide sur la sextorsion et le chantage en ligne.

Attention, tout peut aller vite : selon la police de Fribourg, les auteurs orientent souvent très tôt la conversation vers le sexe, un virage à toujours prendre comme un signal d'alarme.

Où cela se passe : jeux en ligne, réseaux sociaux, messageries

Partout où un enfant peut discuter avec des inconnus. Le gouvernement cite les réseaux sociaux et les plateformes de jeux en ligne comme Roblox et Minecraft, ainsi que Snapchat et TikTok, dont les fonctions de discussion sont détournées.

Dans son dernier rapport de transparence, le 3018 décrit un schéma récurrent : prise de contact sur une plateforme publique, puis bascule vers une messagerie privée, moins régulée. Selon l'association, plus de la moitié des cas de prédation sexuelle suivent ce chemin.

Dans une enquête de l'organisation Thorn auprès de 820 jeunes de 12 à 16 ans en France, 61 % de ceux qui ont des contacts uniquement en ligne disent avoir été invités par l'un d'eux à passer d'un chat public à une conversation privée. Et 8 % des jeunes interrogés déclarent une interaction sexuelle en ligne avec une personne qu'ils pensaient majeure, 13 % chez les 16 ans. Snapchat et Instagram arrivent en tête des plateformes concernées.

  • Jeux en ligne : chat écrit ou vocal, cadeaux en monnaie virtuelle.
  • Réseaux sociaux : demandes d'ami et messages privés, surtout si le profil est public.
  • Messageries : WhatsApp, Telegram ou Discord, où la conversation se poursuit à l'abri des regards.

Les signes d'alerte

Aucun signe ne prouve à lui seul un grooming : c'est leur accumulation, ou un changement net, qui doit vous alerter.

Dans les conversations

  • un nouvel « ami » en ligne qui dit avoir son âge, mais que personne ne connaît dans la vraie vie ;
  • des compliments appuyés et une attention de tous les instants ;
  • des cadeaux : monnaie virtuelle, objets dans un jeu, cartes cadeaux ;
  • la demande de garder la relation secrète, surtout vis-à-vis des parents ;
  • l'insistance pour continuer sur une autre application ;
  • des questions personnelles (école, quartier, horaires), puis sur le corps ou la sexualité ;
  • une demande de photo, de vidéo, d'appel webcam ou de rendez-vous.

Dans le comportement de votre enfant

  • il devient très secret au sujet d'un contact précis ;
  • il possède de la monnaie de jeu ou des objets virtuels dont il n'explique pas l'origine ;
  • une nouvelle messagerie ou un second compte apparaît sur son appareil ;
  • il semble inquiet, triste ou honteux après avoir été en ligne.

Child Focus rappelle qu'un « mauvais secret » fait peur, rend triste et peut faire naître culpabilité et honte, ce que l'adulte exploite pour obtenir le silence. Si les messages viennent d'autres élèves et cherchent à humilier, il s'agit plutôt de cyberharcèlement.

Que faire si vous soupçonnez un grooming

Votre réaction compte : selon Thorn, seul un jeune sur sept ayant vécu une expérience sexuelle en ligne s'était confié à une personne de confiance dans son entourage.

  1. Restez calme et ne le culpabilisez pas. Remerciez-le de vous en avoir parlé. Comme le souligne Child Focus, votre enfant n'est pas coupable, et il ne doit rien effacer par peur de votre réaction.
  2. Conservez les preuves. Faites des captures d'écran des conversations, du pseudo, de l'identifiant et du profil, dates visibles, avant de bloquer l'auteur, comme le conseille le gouvernement. Ne supprimez ni la conversation ni le compte.
  3. Ne copiez pas et ne transférez pas d'images intimes de votre enfant. Indiquez aux enquêteurs qu'elles existent et demandez-leur comment procéder : leur détention et leur diffusion sont elles-mêmes punies par la loi.
  4. Ne contactez pas l'adulte. Ne lui répondez pas et ne vous faites pas passer pour votre enfant : l'INCIBE prévient que contacter l'agresseur ou effacer des informations peut compliquer la situation, voire l'aggraver.
  5. Signalez, puis bloquez. Une fois les preuves en sécurité, signalez le profil à la plateforme et bloquez-le. Si un rendez-vous est prévu ou si votre enfant est menacé, appelez immédiatement le 17 ou le 112.
  6. Portez plainte dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, avec vos captures d'écran.
  7. Faites-vous accompagner par le 3018 ou le 116 006, numéro gratuit d'aide aux victimes, joignable 7 jours sur 7 de 9 h à 19 h.

Où signaler : 17, PHAROS, 119, 3018, Point de Contact

En cas de doute, commencez par le 3018 ou, s'il y a urgence, par le 17. Le 3018 et le 119 répondent aussi directement aux enfants.

SituationQui contacterBon à savoir
Danger immédiat : rendez-vous prévu, menaces17 ou 112 (114 par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes)Police ou gendarmerie
Contenu ou profil illicite en lignePHAROSPlateforme officielle ; signalements transmis aux enquêteurs ; ne traite pas les urgences
Signaler sans donner son nomPoint de ContactAssociation ; formulaire gratuit, anonyme si vous le souhaitez ; lien avec plateformes et forces de l'ordre
Conseils, retrait d'une image ou d'un compte3018Gratuit, anonyme et confidentiel, 7 j/7 de 9 h à 23 h, par téléphone ou tchat dans l'application 3018
Enfant en danger ou en risque de l'être119 Allô Enfance en DangerGratuit, 24 h/24, 7 j/7, n'apparaît pas sur les relevés téléphoniques ; tchat pour les jeunes jusqu'à 21 ans
Votre enfant préfère écrire à un policierÉchange écrit avec la police ou la gendarmerieGratuit, réservé aux mineurs, prévu notamment pour le chantage et la sextorsion
Vous vivez en BelgiqueChild Focus, 116 000Gratuit, 24 h/24, 7 j/7

Ce que dit la loi

Le Code pénal punit les propositions sexuelles faites en ligne à un enfant, même sans rencontre ni envoi d'image. Plusieurs articles peuvent s'appliquer selon l'âge et les faits.

Article du Code pénalCe qui est puniPeine maximale
227-22-1Propositions sexuelles d'un majeur à un mineur de moins de 15 ans, ou à une personne se présentant comme telle, par un moyen de communication électronique2 ans de prison et 30 000 € d'amende ; 5 ans et 75 000 € si une rencontre a suivi
227-22Corruption de mineur, par exemple l'envoi de messages sexuels à un enfant5 ans et 75 000 € ; 7 ans et 100 000 € notamment si le contact s'est noué par Internet ; 10 ans et 150 000 € avant 15 ans
227-22-2Incitation d'un mineur, par un moyen de communication électronique, à commettre un acte de nature sexuelle, même sans effet7 ans et 100 000 € ; 10 ans et 150 000 € avant 15 ans
227-23-1Demande, par un majeur, d'images ou de vidéos pornographiques d'un mineur7 ans et 100 000 € ; 10 ans et 150 000 € avant 15 ans

« Mineur de quinze ans » désigne, en droit, un enfant de moins de 15 ans ; entre 15 et 17 ans, les autres articles s'appliquent. La mention « personne se présentant comme telle » permet de poursuivre un adulte qui échangeait en réalité avec un enquêteur. La détention et la diffusion d'images sexuelles de mineurs relèvent de l'article 227-23. Une proposition de loi en discussion prévoit de durcir les peines de l'article 227-22-1.

Prévenir : dialogue et réglages

La meilleure protection reste la parole. Un enfant qui connaît ces ruses et sait qu'il ne sera pas puni s'il se confie réagira plus facilement. L'association e-Enfance recommande d'en parler sans faire peur, d'accompagner ses usages, d'activer le contrôle parental et de lui rappeler qu'on ne sait jamais qui se cache derrière un pseudonyme.

Un père et son fils regardent ensemble une tablette

Quelques règles simples, à dire avec vos mots :

  • Si quelqu'un te demande un secret, une photo ou de changer d'application, tu m'en parles. Tu ne seras pas puni.
  • On ne donne ni son adresse ni son école à quelqu'un qu'on ne connaît qu'en ligne.
  • Si une conversation te met mal à l'aise, tu peux arrêter, bloquer et venir me voir.

Montrez-lui comment bloquer et signaler un compte : selon Thorn, trois jeunes sur quatre ayant vécu une expérience sexuelle en ligne avaient utilisé le blocage, un réflexe à renforcer.

Les réglages qui comptent

Ces protections dépendent de l'âge associé au compte : vérifiez que la date de naissance indiquée par votre enfant est exacte.

PlateformeProtections annoncées pour les mineursCôté parents
RobloxChat accessible seulement après une vérification de l'âge (estimation faciale, ou pièce d'identité dès 13 ans). On ne discute qu'avec des tranches d'âge proches : à 12 ans, uniquement avec des joueurs de 15 ans ou moins.Avant 9 ans, le chat est désactivé par défaut et ne s'active qu'avec l'accord d'un parent.
InstagramCompte pour ados automatique et privé par défaut ; seules les personnes suivies ou déjà en lien peuvent écrire. Les messages privés affichent le mois et l'année de création du compte de l'interlocuteur et floutent la nudité par défaut avant 18 ans.Avant 16 ans, l'accord d'un parent est nécessaire pour assouplir ces protections.
SnapchatPour échanger, il faut être amis ou dans les contacts. Alerte si quelqu'un sans amis en commun tente d'ajouter un ado ; pas d'apparition dans la recherche ou les suggestions sans amis communs.Le Centre parental montre les amis et avec qui votre ado discute, sans le contenu des messages.
DiscordPour les comptes classés adolescents, messages de non-amis placés dans une boîte de demandes et alerte avant d'accepter un ami sans amis en commun. Ces protections peuvent varier selon le pays.Family Center affiche les nouveaux amis, les serveurs rejoints et les personnes contactées, sans le contenu des messages.

Enfin, sachez quelles applications et quels jeux votre enfant utilise réellement. Notre guide du contrôle parental explique comment s'y prendre selon l'âge, en toute transparence.

FAQ

Oui. Le gouvernement cite Roblox et Minecraft, auxquels jouent aussi de jeunes enfants, parmi les lieux de premier contact. Et selon le dernier rapport du 3018, une victime de violences numériques sur quatre parmi celles qu'il accompagne a moins de 11 ans. Privilégiez pour eux des jeux sans chat ouvert.

Oui. L'article 227-22-1 vise les moins de 15 ans, mais la corruption de mineur, l'incitation à un acte sexuel par un moyen électronique et la demande d'images pornographiques à un mineur sont punies tant que la victime a moins de 18 ans.

Rassurez-le : ce n'est pas sa faute. Ne payez rien et n'envoyez rien d'autre en cas de menace. Conservez les preuves sans copier l'image, contactez le 3018, qui peut intervenir auprès des réseaux sociaux pour faire supprimer un contenu en quelques heures, et portez plainte. Si l'image circule, signalez-la aussi sur PHAROS.

L'association e-Enfance conseille plutôt d'accompagner l'enfant et d'en parler sans lui faire peur. Concrètement : des jeux adaptés à son âge, un chat limité aux amis qu'il connaît et des échanges réguliers sur sa vie en ligne.

Non, aucun outil ne remplace le dialogue ni ne garantit de repérer un grooming. Un logiciel peut en revanche montrer quelles applications et quels jeux sont installés et combien de temps votre enfant y passe, ce qui aide à engager la conversation. Pour comparer, consultez notre sélection des meilleures applications de contrôle parental.

Sachez où votre enfant passe du temps en ligne

KidInspector affiche les applications installées, le temps passé dans les applis et les jeux, ainsi que des captures d'écran, sur Android, Windows et Mac. Utilisez-le en toute transparence et dites à votre enfant qu'il est installé. La création d'un compte est gratuite.

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